Les collections des Musées de Sarreguemines s’enrichissent régulièrement grâce à des dons ou des achats.

Conformément à la loi sur les « Musées de France » toute décision d’acquisition, à titre gratuit ou à titre onéreux, est soumise à la validation préalable d’une Commission scientifique régionale. Les projets d’acquisition sont examinés selon les critères suivants :

- intérêt de l’objet par rapport aux collections du musée, en tenant compte notamment des objectifs de la politique d’acquisition fixés dans le projet scientifique et culturel du musée
- authenticité de l’objet ;
- état de l’objet ;
- appréciation du prix de l’objet.

Les Musées ont également la possibilité de solliciter une aide financière pour l’acquisition d’une pièce importante. Le Fonds régional pour l'acquisition des musées (FRAM) est un dispositif public de soutien annuel, mobilisant à parité des ressources de l'État et de la Région.

Voici un bref aperçu des dernières pièces entrées dans les collections des Musées de Sarreguemines…

Ensemble de toilette avec garniture d'origine

En mars 2020, l'association Sarreguemines Passions a fait don aux Musées de Sarreguemines d'un ensemble de toilette avec sa garniture d'origine. Cette pièce, rare, est désormais visible dans le nouvel espace de visite consacré à la production sanitaire de la manufacture, au 2nd étage du Musée de la Faïence.

> En savoir plus sur la pièce >

Pièces en grès fin mat imitant les Jasper Ware du céramiste anglais Wedgwood

Les Musées de Sarreguemines ont prioritairement axé leur politique d’acquisition sur les pièces en grès fin, fruit des recherches réalisées par Paul Utzschneider dans les années 1820.

Les motifs en relief présents sur la cruche sont particuliers et renforcent la rareté de la pièce : il s’agit de la première girafe arrivée en France et offerte au roi Charles X par le vice-roi d’Egypte.

Présentée au roi et à la cour en juillet 1827, elle vit jusqu’en 1845 au Jardin des Plantes. Elle est aujourd’hui conservée au Musée d’Histoire naturelle de La Rochelle. L’arrivée en France de cette girafe suscite un très vif engouement du public et des journaux de l’époque. Plus de 500 000 visiteurs se précipitent pour l’apercevoir durant l’été 1827.

Son image est largement réutilisée (entre 1827 et 1830) dans de multiples domaines : poésie, mode (coiffure ou cravate « à la girafe »), alimentation (pain), arts décoratifs (faïence…) etc. Après la mort de Charles X en 1830, le phénomène perd de l’ampleur et elle tombe petit à petit dans l’oubli.

Les deux vases, également en grès fin, figurent dans le catalogue de la manufacture édité en 1840.  Cette production témoigne du savoir-faire acquis par la manufacture dans la première moitié du 19ème siècle et de la qualité des recherches menées par Paul Utzschneider.

Plats représentant le « Printemps » et

l’« Hiver »

 

Ces plats appartiennent à une série sur les quatre saisons.

Sur l’un, on distingue une jeune fille de profil, les cheveux attachés dans la nuque et ornés d’une couronne de fleurs (marguerites). Différents symboles évoquant le printemps et le réveil de la nature après la saison hivernale sont illustrés sur l’aile de ce plat : des bourgeons sur des branches, des petits oiseaux… Sur le second, on aperçoit le buste d’une jeune fille ayant des branches de gui dans ses longs cheveux bruns et du houx dans sa main. La saison hivernale est représentée à travers le paysage enneigé et les petits oiseaux perchés sur des branches nues.

Ces plats ont été réalisés vers 1890 et mesurent 39 cm de diamètre. Ils portent les numéros 1644 et 1645 dans le registre des formes de la manufacture.

Pichet « Bonaparte »

 

Ce pichet représente la tête du général Bonaparte. Sur son tricorne qui est destiné à recueillir le liquide, on retrouve une cocarde tricolore. L’anse se trouve à l’arrière de la tête. La forme est simple pour s’adapter à la production de série.

Le pichet a été réalisé vers 1910 / 1913 et mesure 21 cm de hauteur. Il porte le numéro 4610 dans le registre des formes de la manufacture. Différentes marques de fabrique permettent d’authentifier sa provenance et de dater la création de la forme : en creux dans la pâte, on distingue en effet le numéro de forme « 4610 » (production entre 1910 et 1913), la marque « Sarreguemines » et la référence au type de pâte (« 227 »).

Les Musées de Sarreguemines possèdent déjà plusieurs pichets anthropomorphes dans les collections mais celui-ci est spécifique car il représente le futur Napoléon Ier. Il a été présenté dans l’exposition « Une faïencerie au service de l’Empire : les productions napoléoniennes à Sarreguemines ».

Buste « Art français »

 

La statue présentée ici, intitulée « La Semeuse », porte une marque spécifique, réservée aux productions de l’usine de Saint Maurice, succursale de la faïencerie de Sarreguemines. Cette unité de production apparait en 1913 dans les statuts de la société rédigés après le décès de Paul de Geiger. Elle semble alors se spécialiser dans la production de panneaux en céramique. Relativement vaste (7 180 m²), elle est située au numéro 256, dans la « Grand Rue » de Saint Maurice.

 Dans un médaillon en creux dans la pâte, on distingue « Art Français » dans la partie supérieure et « Marque déposée » dans la partie inférieure. Au centre, on retrouve une gauloise avec un araire. Contrairement à certaines autres pièces, la marque se distingue facilement.

C’est une pièce rare, que l’on peut dater du début du 20° siècle. Elle porte une marque en creux (les numéros 125 et 76) qui correspond au numéro du moule et la signature de l’artiste « E. Drouot ». Il s’agit  d’Edouard Drouot, un sculpteur français né en 1859 et formé à l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts de Paris. Sa sculpture intitulée « La Semeuse » a été reproduite sur de nombreux supports, notamment en bronze et en marbre blanc. Dans son œuvre, on retrouve fréquemment des figures allégoriques et mythologiques en mouvement, représentées avec des traits expressifs.

Pièces en faïence lustrée

 

La première référence à l’utilisation de lustres métalliques dans la production de la manufacture date de 1823. A l’occasion de l’exposition nationale des produits de l’industrie française, Paul Utzschneider présente ce type de pièces et obtient une médaille d’argent de 1ère classe. En Angleterre, les lustres apparaissent dès le milieu des années 1800. La technique est complexe : il s’agit d’appliquer, au pinceau, un mélange composé d’oxyde de métal (or, argent, cuivre…) et d’un solvant (huile organique, térébenthine et soufre) sur une faïence fine blanche ou une terre carmélite. La pièce est ensuite cuite une troisième fois à basse température (400°) dans un four à moufle.

Le sucrier présenté ici figure au catalogue de la manufacture édité dans les années 1920. Ce sucrier, un modèle de forme Boston, possède deux marques de fabrique complémentaires (« Terre à feu DV Sarreguemines France » - la marque caractéristique des terres rouges à usage culinaire - imprimée dans un cartouche en forme de triangle et une étoile à huit branches imprimée en noir, signe d’une production qualifiée de second choix).

La théière, de forme Boston également, possède elle aussi un lustre cuivré appliqué sur une terre carmélite. La marque de fabrique permet de dater sa production des années 1840/1880.

 

 

 

 

Dessins de Froment Richard

 

Si les céramiques restent une priorité en matière d’acquisition, il est également possible d’enrichir les collections avec d’autres types de pièces illustrant différentes étapes du processus de production.

Né en 1845 à Lyon, Antoine Albert Richard (dit Froment-Richard) est issu d’une grande famille d’industriels mais, contrairement à ses frères, s’oriente rapidement vers une carrière artistique. Il a travaillé à la manufacture de Creil-Montereau en 1876 (il a créé pour elle le décor « Parisien ») avant de venir à Sarreguemines où, preuve de sa renommée, il est autorisé à signer ses œuvres (notamment des panneaux décoratifs présentés à l’exposition universelle de 1889).

Ses dessins se retrouvent aussi sur des plaques en faïence destinées à être appliquées sur des lits d’apparat ou encore des cheminées. Son thème de prédilection est le XVIII° siècle et la vie à la campagne : la qualité des détails démontre sa bonne connaissance de ce milieu social. Il illustre également la vie des « petites gens ».

Les « enfants Richard », décor créé pour la manufacture de Sarreguemines, figure parmi les meilleures ventes en août 1899, d’après le registre tenu par un ingénieur de la faïencerie. Il est reproduit sur des assiettes mais aussi sur des lavabos en faïence, des plats, des vases, des jardinières, etc.

Les Musées de Sarreguemines ont récemment eu l’opportunité d’acquérir un rare lot de documents graphiques représentant principalement le décor « Les petits métiers ». Il est constitué d’épreuves aquarellées sur fond gravé ; de chromolithographies ; d’une matrice de production en zinc et de dessins à l’encre de Chine, à la plume ou au crayon.

 

Panneau " Coromandel " de Sonia Guinet

A Sarreguemines, la production de céramique architecturale ne débute que vers 1880 mais prend rapidement de l’ampleur : à l’exposition de l’Union centrale des Arts décoratifs en 1884, la faïencerie présente déjà plusieurs panneaux.

Elle produit à la demande des clients (particuliers, architectes, collectivités), pour orner différents lieux (halls d’immeubles, boutiques, lieux publics, piscines, etc.).  On retrouve notamment des carreaux de Sarreguemines dans un théâtre de Rio de Janeiro ou encore à l’Olympia à Paris… La production de carreaux ralentie progressivement dans la première moitié du 20ème siècle avant de réapparaitre dans les années 1970, avec la création du CRS (centre de recherche décorative de Sarreguemines) qui regroupe un sérigraphe, un chimiste et trois décorateurs (dont Sonia Guinet).

Le panneau baptisé « Coromandel », créé par Sonia Guinet, a rencontré un grand succès dans les années 1970. Il permet de retracer l’histoire de la production et l’évolution des goûts de la clientèle au cours de cette décennie, thématiques qui demeurent peu étudiées à ce jour. Ce panneau, de même que d’autres créations de Sonia Guinet, sera présenté en 2020 dans l’exposition « Faïence power : les 1970’ à Sarreguemines ».

 

Le bidon " modèle 1877 "

 

Cette pièce en céramique est une reproduction du célèbre « bidon modèle 1877 », distribué dans le paquetage des soldats au début de la Première Guerre mondiale. Composée de deux coquilles symétriques en tôle, sa forme est inédite quand il apparait en juin 1877. Une courroie en cuir permet de le transporter facilement. Les premiers bidons contiennent 1L de liquide. L’objet possède deux orifices fermés par un bouchon en liège et un autre en bois, afin de remplir la gourde d’un côté et de boire de l’autre. Il est recouvert d’un tissu (pour éviter les bruits métalliques et les reflets du soleil notamment) dont la couleur évolue en fonction du corps d’armée et de l’époque (la plus courante restant le bleu horizon).

S’il demeure l’un des bidons les plus emblématiques, il n’est pas pratique : difficile à entretenir, sa contenance est assez limitée. Ce symbole de la Grande Guerre est largement repris dans la propagande.

La manufacture n’échappe pas à cette règle et en produit une version en céramique dans l’entre-deux guerres. Le modèle présenté ici est complet et possède encore les deux bouchons d’origine, ce qui est assez rare.

 

Sous l’objet, on retrouve la marque de fabrique habituelle de la manufacture (« Sarreguemines France »), utilisée après la réunification des deux branches de l’entreprise en 1920.

Filtre " Garros "

Dans la continuité des mouvements hygiénistes du 19° siècle, les scientifiques prennent conscience des problèmes de purification de l’eau domestique. Des recherches sont entreprises pour tenter de filtrer l’eau de façon simple mais efficace.

La manufacture de Sarreguemines produit, dès 1909, des filtres domestiques appelés « Filtre Garros » du nom de l’inventeur de ce procédé. Ce système de filtrage remporte le prix Monthyon (Maitre des requêtes puis chancelier dans la seconde moitié du 18ème siècle, il encourage les progrès de la recherche. Le prix existe encore aujourd’hui), comme indiqué sur la pièce. La faïencerie dépose un brevet en Allemagne en novembre 1910 pour ce procédé. Destiné à un usage domestique, ce filtre intéresse les professionnels de la restauration qui demandent rapidement à la manufacture d’étudier son adaptation pour un usage industriel. Nous ne savons pas si le projet a vu le jour.

La marque de fabrique figurant sur l’objet n’est pas courante : si le cachet « Digoin et Sarreguemines » représenté autour d’un blason de la Lorraine couronné ne nous est pas inconnu, il est très rare de le voir en creux (habituellement, la marque est imprimée). La pièce est visible au second  étage du Musée de la Faïence, dans l’espace consacré à la production sanitaire et d’hygiène.

 

Ensembles sanitaires miniatures

Ces ensembles miniatures sont utilisés, dans les années 1970, par les commerciaux de la manufacture. L’échantillon permet ainsi aux clients d’avoir un fidèle aperçu de leur commande. Ces ensembles sanitaires sont présents dans les catalogues de vente de la faïencerie et existent en différents coloris. Les éléments portent la marque de la manufacture : le « S » stylisé, en relief.  Ils sont surtout produits dans la succursale de Vitry-le-François.

Ponctuellement, la faïencerie a fait appel à des designers pour dessiner des lignes spécifiques. C’est le cas notamment de l’ensemble « Thalassa », imaginé par J.A. Motte (architecte décorateur célèbre pour avoir, entre autres, imaginé les sièges « baquet » de la RATP) en 1972 et présenté au public lors du Salon des arts ménagers en 1975. Cet ensemble se compose d’un bidet, d’un lavabo et d’un WC. Cette création illustre bien la collaboration entre la manufacture et les artistes de l’époque, qui doivent alors tenir compte des contraintes de la production industrielle dans leur projet.

L’autre ensemble figure dans les catalogues sous le nom « Nymphéa » et se compose également d’un lavabo, d’un WC et d’un bidet. Nous ne savons pas qui en est le créateur.

Ils sont tous deux présentés dans leur boîte d’origine.

Plat au décor " Iris "

Ce plat décoratif ne possède pas de signature spécifique mais une marque de décor imprimée, au dos de l’objet (« IRIS » dans un double cartouche rectangulaire avec la référence « U&C Sarreguemines »). Ce décor floral peut être attribué à Xavier Bronner, artiste ayant travaillé pour la manufacture de Sarreguemines.

Né à Colmar en 1840, Xavier Bronner est doué pour le dessin et met rapidement son talent au service de l’industrie. En 1860, il s’installe à Paris et travaille pour plusieurs éditeurs puis réalise des aquarelles pour des écoles d’art, dont certaines sont exposées à Paris entre 1867 et 1869. C’est probablement lors de ces expositions qu’Alexandre de Geiger découvre ses œuvres. Il fait appel à lui quelques années plus tard pour décorer sa résidence principale puis lui propose d’intégrer les ateliers de peinture de la faïencerie à compter du 1er avril 1880.

Il réalise alors de très nombreux projets de décors sur lesquels les fleurs sont omniprésentes (« Mûres », « Bruyères », « Bouquets » notamment). Le service « Mûres » rencontre un vif succès et est fréquemment mis à l’honneur lors des grands banquets donnés par les dirigeants de la faïencerie. Les carreaux de faïence qui ornent la façade du Casino à Sarreguemines sont en partie réalisés d’après ses dessins.

Des recherches complémentaires sont en cours pour mieux connaître le parcours de Xavier Bronner pendant son séjour à Sarreguemines.

 

Il reste à Sarreguemines jusqu’au 1er octobre 1892, malgré des désaccords avec Paul de Geiger. En effet, les artistes n’ont pas pour habitude de signer leurs œuvres, qui restent la propriété de la manufacture : le désaccord semble être lié, entre autres, au manque de reconnaissance de son travail et à son incapacité à s’adapter au rythme soutenu d’une production industrielle.