Localisation : actuel Musée de la Faïence – 15-17, rue Poincaré à Sarreguemines
Date : 1880
Classé Monument Historique depuis 1979.
Style Eclectique

En 1872, Paul de Geiger, récemment nommé directeur des Faïenceries de Sarreguemines, s’installe au 15-17 rue Poincaré avec sa famille. Entre 1880 et 1882, dans le prolongement de ses appartements, il fait installer un jardin d’hiver, sorte de serre destinée à protéger certaines plantes du froid. Cette pratique, en vogue dans le milieu bourgeois à la fin du XIXe siècle, est rendue possible par les progrès en matière d’architecture, notamment dans le domaine du verre et de la métallurgie qui facilitent la construction de grandes verrières

Un décor éclectique, typique du XIXe siècle

Dans le domaine de l’architecture et des arts décoratifs, la seconde moitié du XIXe siècle est marqué en France par une tendance appelée « éclectisme ». Il s’agit pour les architectes, les décorateurs et les artistes de ne plus copier fidèlement les styles anciens (néoclassicisme) mais de mêler des éléments empruntés à différents styles ou époques. Ainsi, au centre du jardin d’hiver trône une fontaine monumentale en majolique*, créée dans le goût de la Renaissance italienne avec des niches en grotte abritant des dauphins. Ces derniers encadrent un panneau représentant deux nymphes qui évoluent dans un décor floral composé d'iris, d'arums et de roseaux, des motifs qui évoquent déjà l’Art Nouveau. De l’autre côté, sur le mur opposé, de part et d’autre de la porte deux grands panneaux représentent des personnages féminins, à l’allure classique. Ce sont toutes deux des allégories personnifiant le feu et la terre, deux éléments nécessaires à la création des chefs-d’oeuvre de l’art céramique.
Aux extrémités, deux panneaux floraux, signés Carl Schuller* rappellent le format allongé des estampes japonaises, un art très en vogue en France à partir du milieu du XIXe siècle (japonisme). Allégorie de la terre : La femme tient dans ses mains un épi de blé ; derrière elle s’enroule une vigne et à ses pieds se trouvent une pioche et une lanterne de mineur, trois éléments qui évoquent le travail de la terre.

Un programme iconographique célébrant la réussite d’une entreprise et d’une famille

Sur le mur, autour de la fontaine, des carreaux de faïence étoilés portant les lettres S et D désignent les usines de Sarreguemines et de Digoin, une succursale de la manufacture. De part et d’autre de la fontaine, deux panneaux représentent des vues de Sarreguemines : à droite l’ancienne entrée de l’usine n°4 et à gauche le pavillon de Paul de Geiger, construit près du Casino en 1880. Des médaillons au-dessus des portes s’attachent à illustrer la dynastie des faïenciers ; ils représentent pour l’un Paul Utzschneider, l’ancêtre « fondateur» et Alexandre de Geiger, son gendre, qui donna par la suite à la fabrique ses dimensions internationale et industrielle. Surplombant la salle, des monogrammes (initiales entrelacées) complètent ce rappel ultime des grands noms de la manufacture tandis que sur le mur opposé, les lettres A.J et L.J désignent Auguste et Léon Jaunez, deux membres d’une autre famille associée à l’entreprise.

 

Les jardins d’hiver au XIXe siècle

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les conquêtes et les découvertes de territoires nouveaux ont sensibilisé la curiosité des botanistes. Des milliers d’espèces végétales furent collectées et envoyées avec beaucoup de difficultés en Europe. Sous la protection des souverains et des princes ont été réunies des collections de plantes exotiques dans des jardins botaniques et dans des orangeries, puis dans des serres chauffées, pour protéger durant les saisons froides, les espèces les plus fragiles…

De nouvelles possibilités techniques

Début XIXe les progrès d’architecture permettent l’utilisation du fer et du verre pour la construction de grandes verrières. En France, l’architecte Rohault de Fleury construit les premières serres horticoles notamment celles du Museum d’histoire naturelle du Jardin des Plantes à Paris, en 1833. En Angleterre, le paysagiste et architecte Joseph Paxton (1801-1865) s’illustre dans la première moitié du siècle en proposant des serres aux structures des plus aériennes et lumineuses ; ses innovations seront utilisés à d’autres fins, ainsi lui confiera-t-on la réalisation de la structure destinée à abriter la première Exposition universelle celle qui se tint à Londres en 1851 : le fameux Crystal Palace…

 

Un engouement persistant

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux particuliers souhaitent ériger dans leur demeure un jardin d’hiver. Les constructions de fer et de verre viennent souvent s’adosser à des habitations existantes. On y cultivait des plantes ornementales : des fougères arborescentes, des palmiers, des bambous. Ces pièces constituaient des salons pour lesquels les propriétaires pouvaient donner des réceptions d’autant plus appréciés qu’elles se déroulaient dans un cadre lumineux, au décor végétal luxuriant propre à susciter l’évasion des esprits vers des lieux exotiques.

 

Lexique

Lexique
* majolique : faïence fine blanche recouverte de glaçures colorées transparentes.
* Schuller, Carl - Peintre de fleurs et d’oiseaux. Né le 13 octobre 1852, à Husseren dans le Haut-Rhin, il étudia la peinture auprès de Damoye puis d’Emmanuel Benner à Paris. Il exposa au Salon à partir de 1880 et obtint une médaille de bronze à l’Exposition Universelle de 1889. Il collaborait aux travaux des ateliers de Montigny-sur-Loing ; il fournit des cartons pour des panneaux céramiques à la faïencerie de Longwy et à celle de Sarreguemines. Il réalisa deux grands panneaux représentant des fleurs pour le jardin d’hiver de Paul de Geiger (signature sur l’un d’eux).