Les réserves des Musées de Sarreguemines renferment de très nombreuses céramiques qui illustrent parfaitement la diversité et la richesse de la production aux 19° et 20° siècles.

Innover et diversifier sa production

A la fin du 18°  siècle, les fabricants de faïence prennent pour modèle la blancheur et la finesse de la porcelaine. Dans un premier temps, leurs pâtes sont de couleur crème mais avec les recherches et les progrès réalisés, on atteint une belle blancheur. A Sarreguemines, les premiers décors sont peints. Paul Utzschneider va rapidement introduire des innovations, tant au niveau des pâtes que des techniques de décoration.

Les premiers motifs peints

A l’heure de l’industrialisation, il devient nécessaire de produire en série. Les manufactures mettent au point, vers 1775, une série de motifs à exécution rapide car répétitive : les guirlandes. Ces motifs, qui sont le plus souvent inspirés du monde végétal (laurier, œillet…), permettent une démocratisation des prix et une production à grande échelle.

Les marbrures

Le directeur de la manufacture de Sèvres, Alexandre Brogniart (auteur du Traité des arts céramiques ou des poteries en 1844) visite la faïencerie de Sarreguemines et décrit ce processus qu’il a pu voir en application : « le marbré se fait en mettant des tâches de différentes couleurs sur l’engobe et agitant les pièces de manière à faire épancher ces couleurs dans toutes sortes de directions. Elles forment des veines à la manière du marbre. Le succès de la marbrure dépend du tour de main de l’ouvrier ».

Les arborisations (ou herborisations)

Ce décor consiste à recouvrir les parois extérieures de l’objet d’un engobe ou argile liquide coloré, sur lequel on pose une goutte de colorant qui s’étale en dessinant des silhouettes d’arbres. On appelle parfois ce décor « deuil à la reine » car il évoque les gravures sur lesquelles on aperçoit les profils du roi Louis XVI, de Marie-Antoinette et du dauphin.

Les lustres métalliques

La première référence à l’utilisation des lustres métalliques à Sarreguemines date de 1823. Le support est généralement une faïence fine blanche ou une terre carmélite. Une couche d’oxyde du métal que l’on veut imiter est étendue à sa surface, mélangé à un solvant. La gamme des lustres métalliques en usage à Sarreguemines est importante : or, cuivre, platine et burgos. Ce dernier est obtenu après application d’une préparation d’or sur la pièce et dépôt de gouttelettes d’essence, qui donnent une apparence mouchetée au lustre.

Le saviez- vous ?
Le nom du lustre burgos dérive du nom d’un coquillage, le burgau.

Les terres colorées

Paul Utzschneider met au point une faïence fine de couleur brun-rouge, très résistante à la chaleur. Recouverte d’une glaçure brillante, cette faïence porte le nom de Carmélite. Vers 1830, la faïencerie propose une autre pâte colorée à ses clients : la Terre de Naples, dont le nom provient d’un colorant jaune très utilisé au XVIII° siècle.

Les grès fins

Les grès fins décorés de figures en reliefs appartiennent à la production de prestige de la manufacture de Sarreguemines. Ils imitent les Jasper Ware de Josuah Wedgwood, célèbre industriel anglais et précurseur dans la production de faïence fine. Les premiers grès fins sont présentés par Paul Utzschneider à l’exposition de 1827 à Paris.

Les grès fins sont des céramiques à pâte dure, essentiellement constituées d’argile plastique, de kaolin et de feldspath. La cuisson s’effectue à 1300°. Les décors en relief sont estampés dans de petits moules en terre cuite puis démoulés avec précaution et collés sur le support encore humide à l’aide d’argile liquide (la barbotine). A la cuisson, décor et support se lient parfaitement.

Les grès bruns

Egalement appelés « Terre d’Egypte », ils apparaissent vers 1830 à Sarreguemines. Leur fabrication, qui nécessite un grand savoir-faire, vaut à Paul Utzschneider de nombreuses distinctions, en particulier lors de l’exposition de 1844. La faïencerie produit également une terre noire qui imite les  smearblack  anglais.

Les grès polis

Paul Utzschneider mène également des recherches sur les grès imitant les pierres dures (porphyre, jaspe…). L’effet s’obtient en mélangeant des terres colorées puis en les cuisant à haute température : la pâte devient alors très résistante, prête à être polie à l’émeri (une pierre abrasive) sur un tour.

Ces objets, d’une qualité exceptionnelle, sont remarqués lors des expositions nationales et permettent à la faïencerie d’obtenir d’importantes commandes de la part de Napoléon Ier dès 1809.

La porcelaine

Les premiers objets en porcelaine sortent des usines de Sarreguemines vers 1855.

Cette production reste cependant marginale au XIX° siècle et s’arrête avec la Seconde Guerre mondiale. Pendant quelques années, la faïencerie est également propriétaire d’une manufacture de porcelaine à Limoges (de 1867 à 1876). Sarreguemines produit deux types de porcelaine : le parian et la porcelaine phosphatique (bonechina en Angleterre). Cette dernière est très utilisée pour la réalisation de service à thé, à café ou à chocolat. A partir de 1862, la production de porcelaine se diversifie, notamment grâce au rachat de modèles et de décors de la manufacture Vernon à Fismes (créée en 1852 par des anglais, elle doit cesser son activité quelques années plus tard en raison de difficultés financières). Plus de 200 décors portant un nom ou un numéro ont déjà été identifiés pour la porcelaine de Sarreguemines.

Si les assiettes et les différentes pièces de services de table constituent l'essentiel de la production de la manufacture, il existe également une multitude d'autres objets destinés à se chauffer, s'éclairer, décorer son intérieur mais aussi les façades d'immeubles ou les lieux publics, rendre hommage à nos défunts ou encore améliorer les pratiques des français en matière d'hygiène... Découvrez ici toute la richesse de la production de la faïencerie !

Les assiettes historiées

La faïencerie de Sarreguemines a produit plus de 300 séries d’assiettes historiées au cours de son histoire (soit plus de 4 000 vignettes) : il s’agit essentiellement d’assiettes à dessert, dont la composition évolue au fil du temps. La plupart des séries comportent 12 pièces.

Cette production est rendue possible grâce au transfert d’impression, utilisée à la manufacture dès les années 1830. Cette technique a l’avantage d’être rapide et permet de produire en série, à moindre coût. Cela s’inscrit également dans un contexte plus général marqué par l’engouement du public pour l’image, sur tout type de support.

Durant les premières années, seul le bassin de l’assiette est décoré. Les décors s’enrichissent dans les années 1840, avec l’ajout de frises stylisées sur les ailes. A la fin du siècle, le décor « lentille » apparaît : les assiettes n’ont plus d’aile et la vignette occupe l’ensemble de l’espace. Elles sont le plus souvent circulaire mais d’autres formes peuvent sortir des ateliers. Il en est de même pour la couleur de la pâte : majoritairement blanche, elle peut aussi être jaune (Terre de Naples). Dès la seconde moitié du XIX° siècle, on privilégie l’opaque pour ce type de production.

La manufacture sélectionne soigneusement les thématiques à reproduire sur les assiettes, afin que ces dernières plaisent à un public le plus large possible. Les motifs sont validés après consultation, entre autres, des représentants des grands magasins et des commis-voyageurs de la faïencerie, lors de réunions annuelles spécifiques.

Les assiettes historiées deviennent de véritables objets décoratifs, mis en valeur sur les vaisseliers et les buffets.

 Les vignettes sont achetées auprès de maisons spécialisées, commandées à de grands artistes parisiens ou fabriquées dans certains cas après l’échange de plaques de cuivre avec d’autres manufactures (essentiellement Villeroy & Boch, en vertu des accords commerciaux conclus entre les deux faïenceries dès 1838).

Les illustrations présentes sur les vignettes ont plusieurs objectifs. Sous l’influence du courant romantique, on représente fréquemment des paysages (villages français, châteaux, paysages montagnards…) pour rendre hommage à la beauté de la nature (face au monde crée par l’industrie, jugé laid et artificiel). Le genre pittoresque est également une source d’inspiration et permet de mettre en valeur des scènes de la vie quotidienne, dont les personnages ne sont pas des héros mais des inconnus.

L’intérêt peut également être pédagogique : il s’agit d’instruire en dressant un inventaire encyclopédique d’une thématique (costumes, œuvres littéraires, boissons, jeux, inventions…). On montre ainsi la diversité du monde contemporain.

Les assiettes historiées peuvent aussi mettre en valeur d’illustres personnages et commémorer de grands évènements historiques ou économiques (guerres napoléoniennes, révolutions du XIX° siècle, expositions universelles…). A travers ces supports, la population est rapidement informée des faits importants.

Enfin, les assiettes doivent faire rire ceux qui les contemplent. Les illustrations sont inspirées, entre autres, des gravures publiées dans les revues humoristiques et satiriques (L’Illustration, L’Almanach Vermot). Certaines sont signées par de grands illustrateurs parisiens ( A. Guillaume, Henriot, B. Rabier). Les sujets sont multiples : on se moque de certaines professions, de traits de caractère, des progrès du monde moderne… Sur les assiettes, on retrouve fréquemment des jeux de mots ou des petites devinettes.

 

A table !

Le premier quart du 19e siècle est une période faste pour les arts de la table. La bourgeoisie s’est considérablement enrichie au cours du siècle et se dote, pour ses réceptions, de grands services de table qui deviennent des indicateurs de puissance et de richesse.

En cette fin de siècle, certains décors comme Rouen et Papillon créés durant le Second Empire (vers 1860-1870) sont encore très appréciés. La production est féconde : plusieurs centaines de décors sont proposés à la clientèle.

Les catalogues jouent un rôle important dans la diffusion de la vaisselle. La faïencerie édite les premiers dès 1801. En 1840 les objets y sont reproduits par des petites gravures puis, dans les années 1870, un catalogue lithographié en deux volumes paraît. Les services de table sont généralement désignés par trois paramètres : la pâte utilisée, la forme du service et son décor.

Les grands services de table produits par la manufacture

Un grand nombre d’objets compose les services de table à la fin du 19e siècle. La manufacture propose des services pour six, douze, dix-huit ou vingt-quatre couverts. Pour douze couverts, les options offertes sont de soixante-quatorze, quatre-vingt-dix ou cent seize pièces.

La plupart de ces éléments se retrouvent dans des services de la fin du 20e siècle.

Dans les formules proposées, les assiettes sont nombreuses : un jeu d’assiettes creuses mais aussi plusieurs ensembles d’assiettes plates car il fallait pouvoir en changer après chaque service.

Le plat permet de servir les mets et est parfois utilisé pour les cuire. On trouve des plats pour servir la viande, le poisson, les coquillages, les desserts, ou encore les fruits comme la melonnière, spécifique au service du melon.

Généralement de forme rectangulaire ou elliptique, le ravier est un petit plat oblong utilisé pour servir des radis ou des hors-d’œuvre. A ne pas confondre avec le compotier, en forme de coupe et très souvent sur pied, utilisé pour servir des compotes ou des fruits.

La soupière constitue la pièce maîtresse d’un service. Elle possède souvent une architecture particulière qui en fait un élément décoratif très apprécié. Elle est posée sur un présentoir, un plat rond ou ovale qui la met en valeur. Dans certains intérieurs, elle reste exposée en dehors des repas sur le dressoir à vaisselle.

Un soin particulier est apporté à la conception de la saucière. On lui donne parfois la forme d’une lampe à huile et on la dote d’une élégante anse en forme de col de cygne.

Le sucrier prend la forme d’une petite soupière, souvent sur plat, avec un cou

vercle présentant une encoche pour laisser passer le manche d’une cuillère. Cette pièce est souvent appelée, à tort, “saucière chaude” ou “saucière couverte”. A Sarreguemines, il est fabriqué dès le début du 19e siècle et jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à ce que l’on peut penser, cet élément appartient aux services à dessert et non aux services de table.

Le moutardier apparaît dans les premiers catalogues de tarifs de la manufacture, dès 1801. Ils étaient alors blancs et avaient la forme d’un baril fixé sur un plateau, avec un couvercle à prise en olive pointue. Le moutardier fait partie des services de table jusqu’à la fin du 19e siècle. Dès 1890, il en devient un élément optionnel et sa forme s’apparente à celle de la soupière.

Plutôt thé, café ou chocolat ?

Vers la fin du 17e siècle, trois nouvelles boissons révolutionnent les habitudes : le café, le thé et le chocolat.

Toutes les cours royales européennes consomment désormais ces breuvages venus d’ailleurs. Peu à peu, cette mode se répand dans la société jusqu’à entrer de manière durable dans les pratiques alimentaires des Européens. Le développement de ces nouvelles pratiques entraîne la fabrication d’objets spécialisés pour la préparation et la dégustation de ces boissons.

Il existe ainsi de nombreuses formes de tasses dans les différents services. Les tasses à thé sont généralement plus basses et plus larges que les tasses à café. Ces dernières, quant à elles, ont différentes forme et taille en fonction de la boisson consommée. Parmi elles, on trouve la tasse à moka ou encore le génieu.

Au 19e siècle, le café connaît un très grand succès dès lors que son prix baisse. On le consomme au petit-déjeuner, après le repas mais aussi lors de collations dans l’après-midi. Pour le présenter aux invités, on fait usage de services à café. Ils comportent une cafetière, une laitière, douze tasses et leurs soucoupes, un sucrier.

Le thé n’est pas seulement de l’eau chaude et quelques feuilles ou un sachet. Avec plus de 700 milliards de tasses consommées par an dans le monde, c’est aussi un art de vivre qui a débuté en 2737 avant Jésus-Christ en Chine et qui s’est transporté jusqu’en Europe où les Anglais en ont fait leur boisson nationale. A la fin du 19e siècle, le service du thé prend une grande importance. Il nécessite assiettes, couverts, verres et plats pour la consommation des gâteaux, des sucreries, des fruits et des sirops qui accompagnent le thé.

En 1519, Herman Cortès débarque au Mexique. Les indigènes lui offrent leur boisson “cacao”. Très vite, celle-ci est adoptée par les colons qui l’introduisent en Europe où elle devient une “boisson de luxe”, très prisée par les rois et les cours européennes.

La consommation du chocolat, plus rare que le thé et le café, nécessite de posséder une chocolatière. Initialement conçues en métal (parfois précieux), les chocolatières sont fabriquées en porcelaine dès les premières années du 18e siècle. C’est Madame de Pompadour qui commande le premier service à chocolat en porcelaine à la manufacture de Sèvres. En 1847 apparait le brevet définitif de fabrication du chocolat de confiserie, tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Théière ou cafetière ?

A l’origine, la théière est assez petite car elle sert seulement à verser l’eau sur les feuilles de thé mises dans la tasse. A partir du moment où les consommateurs placent directement les feuilles de thé dans la théière, celle-ci s’agrandit. Au 19e siècle, on la rend plus fonctionnelle encore en aménageant, à la base du goulot, un filtre percé de petits trous qui retient les feuilles lorsque l’on verse la boisson.

La cafetière, dont le nom apparaît dès 1690, est généralement de forme haute, avec un bec verseur placé le plus loin possible du fond pour empêcher le marc d’être emporté lorsqu’on verse le café. Sarreguemines produit, dès ses débuts, des services à cafés.

Le saviez- vous ?

 

La faïencerie a également produit des "cabarets". Ces services, destinés à un couple, sont composés d’un plateau, d’une cafetière, de deux tasses, d’une laitière et d’un sucrier. L’ensemble est aussi nommé «tête à tête ».

Les ateliers artistiques de la faïencerie

A Digoin

Dans l’usine de Digoin, l’artiste Auclerc se voit confier vers 1896 la direction de l’atelier artistique. Il créé la ligne Revernay, du nom de la maison du directeur du site.

Les grès qui en sortent ont des formes simples, un tesson épais et sont recouverts de coulures d’email. Les décors évoquent l’Art nouveau (fleurs, frises…) puis s’inscrivent dans l’esprit de l’Art déco (figures plus géométriques). Cette production cesse pendant la Seconde Guerre mondiale avant de renaître dans les années 1950. La faïence remplace alors le grès.

A Sarreguemines

La gamme Kremlin, lancée vers 1905-1908, s’inspire quant à elle de l’art populaire. La terre carmélite utilisée pour cette production se rapproche des poteries traditionnelles en terre cuite. Les formes sont simples. Une seule des pièces connues est signée par son créateur : il s’agit d’Alphonse Charles Klebaur, un artiste alsacien né à Colmar en 1884. Ce dernier est le chef artistique de la manufacture de Sarreguemines de 1908 à 1919.

Régulièrement, la faïencerie emploie des artistes de renom pour l’atelier artistique. On y retrouve, entre autres, Victor Kremer (on compte plus de 170 objets portant sa signature dans le catalogue de la manufacture) ou encore Ernest Quost.

L’art religieux dans la production de la faïencerie

Les bouleversements de la Révolution industrielle ont des effets sur l’art funéraire. Le statut social transparaît dans la vie quotidienne mais aussi dans la façon dont on considère les défunts : dans les cimetières les statues, les céramiques et les mosaïques se multiplient. La vie du défunt, sa personnalité ou encore sa profession doivent être mises en valeur.

Les objets funéraires se démocratisent au fil du temps : des pièces fabriquées en série et disponibles sur catalogue apparaissent, à côté des productions artistiques, plus luxueuses.

La céramique est très présente dans l’art religieux. Les divers objets (bénitiers, statuettes, assiettes…) ont également une fonction décorative et témoignent de la piété des français à cette époque.

Les bénitiers à usage domestique se retrouvent dans tous les milieux catholiques, quelle que soit l’origine sociale. Certains disposent d’un anneau, destiné à accueillir le buis béni lors du dimanche des Rameaux. Ils sont fréquemment décorés d’un crucifix ou d’une représentation de la Vierge Marie. Les bénitiers apparaissent dès 1810 dans le catalogue des prix de la manufacture de Sarreguemines, en trois modèles. Certaines illustrations sont inspirées des grands tableaux des peintres de la Renaissance italienne.

Se chauffer et s’éclairer

Dès ses débuts, la faïencerie de Sarreguemines produit des objets destinés à l’éclairage et au chauffage : on retrouve notamment des chandeliers (dès 1801) puis des lampes à pétrole. Ces dernières sont, pour certaines, richement décorées et rencontrent du succès.

Grâce aux progrès techniques et avec l’arrivée de l’électricité dans les foyers, la faïencerie crée de nouveaux objets pour répondre aux besoins de la clientèle : à la fin du siècle on voit apparaître, entre autres, des lampes ou des bouilloires en céramique. Les formes et les couleurs de ces objets utilitaires sont étudiées avec soin, leur permettant de s’intégrer parfaitement à la décoration intérieure des demeures.

Les poêles et les cheminées sont des éléments importants dans la production de la faïencerie. L’offre est très diversifiée et s’adapte aux demandes de la clientèle : les poêles existent en une multitude de teintes et de décors et peuvent ainsi être assortis aux tapisseries présentes dans les foyers. Deux catalogues, édités au début du XX° siècle leur sont entièrement consacrés.

Sous l’Annexion, la Renaissance allemande influence beaucoup la production artistique : les formes et les décors s’inspirent largement des poêles de Nuremberg. On retrouve aussi des décors floraux (glycines, chardons…), à l’époque où triomphe l’Art nouveau.

La céramique d’architecture

Dans le dernier quart du XIXème siècle, les architectes n’hésitent plus à utiliser la céramique dans un but décoratif, sur les façades notamment. Les expositions universelles ou spécialisées relayent largement cette nouvelle tendance.

Sous l’influence des théories hygiénistes, des nouvelles pratiques commerciales et grâce aux progrès techniques, la production de carreaux se développe considérablement. Ils décorent désormais les lieux publics, les commerces et les demeures privées. En plus des aspects pratiques (la surface lisse et émaillée du carrelage en facilite l’entretien), ils ont l’avantage d’être un excellent vecteur de communication et permettent de promouvoir un corps de métier, un commerce, une destination touristique…Certains panneaux, de plus petite taille, participent à la décoration intérieure des demeures bourgeoises.

Dès le début des années 1880, la faïencerie de Sarreguemines produit des carreaux décorés, en sollicitant parfois des artistes célèbres (Schuller, Simas, Quost…). A côté des œuvres spécifiques nées de commandes particulières, il existe des motifs courants et des frises proposées dans les catalogues. Cette production cesse dans l’entre-deux guerres : seuls des carreaux courants sortent encore des ateliers après les années 1940.

La production d’hygiène

Au 19ème siècle, l’hygiène devient une préoccupation majeure, notamment dans les dernières années du siècle. Ceci s’explique par la conjonction de différents facteurs : l’évolution des sensibilités (du rapport au corps), les progrès de la médecine (découverte des microbes) ainsi que les possibilités technologiques nées de l’ère industrielle. La prise en charge de la question de l’hygiène par les pouvoirs publics se traduit par des travaux d’urbanisme et d’assainissement (distribution d’eau potable, tout-à-l’égout…) mais aussi par l’instauration progressive des pratiques d’hygiène dans les hôpitaux, l’armée et les prisons ainsi que leur diffusion par le biais de l’école, la presse, la publicité.

La demande en articles d’hygiène et bientôt en équipements sanitaires s’accroît. La faïencerie de Sarreguemines développe sa production pour répondre à ces nouveaux besoins. Dès ses origines, on retrouve des articles d’hygiène dans les catalogues de vente. Des pots de chambre, des bidets, des crachoirs, des aiguières et des cuvettes mais aussi des plats à barbe sont disponibles en différentes tailles.

La gamme s’enrichit rapidement et, vers 1840, des objets plus diversifiés apparaissent (porte-savons, boites à poudre, porte-peignes ainsi que des pots à pharmacie, à pommade…) avec de multiples formes et décors, suivant l’évolution des styles.

Malgré tout, bien que les principes d’hygiène corporelle progressent au sein de la population et que la salubrité des villes s’améliore, il existe toujours un décalage entre l’hygiène en ville et celle de la campagne.

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