La ville de Sarreguemines est située à l’Est du département de la Moselle à la frontière avec l’Allemagne au confluent de deux rivières : la Sarre et la Blies. Elle fut pendant la période moderne le siège du bailliage d’Allemagne. A la fin du XVIIIème siècle s’implante une manufacture de faïence fine qui fit connaître son nom dans le monde entier.

Histoire des musées

C’est le 25 novembre 1922 que les édiles de la ville de Sarreguemines décident la création d'un musée afin de rassembler les objets ayant trait à l'histoire de la ville et la région de Sarreguemines, considérant qu'il est indispensable d'offrir à la population de la ville le moyen de connaître les merveilles de la nature et tout spécialement celles de leur région. Il s'agit d'"un musée d'histoire régionale et d'histoire naturelle".

La ville dote le nouvel établissement d’un conservateur et se donne les moyens d’acquérir d’importantes collections. Les arts et traditions populaires font alors l’objet de collectes importantes. On achète du mobilier, des objets domestiques dans les campagnes environnantes. La ville qui possède une garnison importante souhaite évoquer aussi son passé militaire et réunit en conséquence une importante série de

fusils, de pistolets, d’épées et de sabres datant du XVIème au XIXème siècle. L’un des donateurs les plus influents de cette période est sans conteste Nicolas-Joseph Hamann, missionnaire du Sacré-Cœur d'Issoudun qui a passé une partie de sa vie en Océanie et en a rapporté une importante collection d'objets. Après la guerre, le musée reste longtemps en caisses, quelques œuvres sont présentées dans un immeuble appartenant à la ville, l'Hôtel Chamborand grâce à l’action opiniâtre d’Henri Hiegel,
Cette dernière est toujours conservée au musée et quoique, amoindrie au fil du temps et des vicissitudes sert de référence encore de nos jours aux chercheurs. Le musée quitte les locaux des archives de la ville pour occuper sept grandes salles d’une ancienne caserne en 1925. Sa conception et la variété de ses thématiques le rapprochent des cabinets de curiosités de l’époque moderne.
Lorsque la population de Sarreguemines fut évacuée en septembre 1939, rien ne semble avoir été fait pour protéger les collections du musée.
Quelques objets précieux furent mis en caisse : monnaies, armes, et expédiés aux Invalides à Paris. Pour le reste, il semble que le musée fut pillé :

on peut estimer à 80 % les pertes enregistrées entre 1939 et 1945. Après la guerre, le musée reste longtemps en caisses, quelques œuvres sont présentées dans un immeuble appartenant à la ville, l'Hôtel Chamborand grâce à l’action opiniâtre d’Henri Hiegel, archiviste et historien de Sarreguemines. Il inventorie les objets préservés de la destruction et du vol et enrichit les collections en collectant des objets archéologiques issus de découvertes fortuites.
A la fin des années 1960 et au début des années 1970, sous l'égide d'une dynamique société d'histoire et d'archéologie locale, des fouilles sont effectuées à Sarreinsming à 6 km de la ville et à Bliesbrück. Elles sont réalisées sous l'égide de Mme Marguerite Pax qui se voit confier la responsabilité du musée et de la restauration des objets issus de la fouille.

Les objets archéologiques sont exposés à partir du 6 décembre 1969 dans une vieille tour de l'enceinte médiévale de la ville. Puis, en 1972, on octroie à l'établissement des locaux rue Poincaré autour du Jardin d'Hiver de Paul de Geiger. Dans ce lieu, les collections d'archéologie occupaient deux salles, deux autres présentent la faïence, une cinquième les armes. En 1981, un plan d'extension permet de rajouter cinq salles consacrées à l'archéologie et deux pour réaliser les expositions temporaires.


Les présentations actuelles

Depuis 1998, le musée de Sarreguemines se compose donc de deux espaces muséographiques distincts : l'un est situé au centre de la ville, rue Poincaré, l'autre au moulin de la Blies situé au nord de la ville.

Les collections historiques

Installées depuis 1972 dans l’ancienne demeure du troisième directeur des faïenceries Paul de Geiger, les salles d'exposition du musée municipal de Sarreguemines sont consacrées à l’archéologie locale et aux faïences de Sarreguemines. Outre ces galeries permanentes, le musée dispose au 2ème étage d’une salle d’exposition temporaire où se déroulent régulièrement des présentations thématiques : archéologie, faïence mais aussi des créations contemporaines dans le domaine de la céramique.

L’archéologie

L’archéologie locale est développée au 1er étage du bâtiment. Cinq salles sont consacrées à la civilisation gallo-romaine dans la région de Sarreguemines et reflètent la riche activité archéologique qui s’est développée depuis les années 1970. Les objets présentés proviennent de divers sites : villa rustica du Grosswald à Sarreinsming, bourgade de Bliesbruck, vicus du Heidenkopf à Sarreinsming, nécropole et site du Hérapel à Cocheren et Folkling… Pour cette période, la muséographie s’est attachée à regrouper les objets en différents thèmes évoquant la vie quotidienne des populations gallo-romaines : toilette, médecine, parure, vêtement, habitat et construction, cuisine, céramique, éclairage, religion, éducation, jeux, travail du potier, du forgeron.
Certaines fouilles permettent de recueillir des vestiges d'ateliers spécialisés comme les objets de l'atelier de monnayage du Heidenkopf de Sarreinsming ou les ateliers de métallurgie de Bliesbruck. Le statuaire fait défaut, il existe cependant une stèle représentant la déesse Epona découverte au début du siècle à Novéant.


La faïence

La faïencerie de Sarreguemines créée en 1790, produit de la faïence fine, du grès et de la porcelaine. Elle connaît une croissance très importante au XIXème siècle ; vers 1900, elle emploie plus de 3000 ouvriers. La qualité de ses réalisations lui permet de remporter de nombreuses médailles aux expositions nationales ou internationales. Les activités de cette manufacture sont largement documentées.
Les collections actuelles présentent un échantillon des nombreux produits fabriqués dans la manufacture de Sarreguemines : elles illustrent à la fois l'évolution technique et l’évolution artistique de la faïencerie. Toutes les matières céramiques sont représentées : terre cuite, faïence fine, grès fin, porcelaine.
Les faïences de Sarreguemines sont actuellement présentées dans quatre salles : au rez-de-chaussée, dans deux petites salles, des textes, des photographies et des dessins donnent un aperçu de l’histoire de la manufacture, de sa création en 1790 à nos jours, cette introduction à la visite est complétée par la projection de films vidéo.
Au premier étage, les productions céramiques sont exposées dans deux salles : le Jardin d’Hiver et la salle des panneaux et des poêles. Le Jardin d’Hiver est, situé dans le prolongement des anciens appartements de Paul de Geiger qui l'a fait construire de 1880 à 1882. Il est entièrement décoré par des revêtements muraux en carreaux de faïence. Il a été classé Monument Historique, le 20 juillet 1979.
Au centre du mur, face à l’entrée, se dresse une fontaine en faïence monumentale. Dans la partie centrale se trouve un panneau de carreaux représentant deux nymphes qui tiennent dans leurs mains deux coquillages.

Le décor floral est composé d’iris, d’arums et de roseaux. Sur le mur, au fond, des carreaux de faïence étoilés portent en alternance l’inscription S pour Sarreguemines et D pour Digoin, succursale de la faïence.

De part et d’autre de cette fontaine, deux panneaux représentent des vues de Sarreguemines : à gauche, le petit pavillon de “rendez-vous” de Paul de Geiger, qu’il fit construire vers 1880 sur la rive droite de la Sarre, près du Casino ; à droite, les bâtiments de l’usine n° 4 de la faïencerie.

Au-dessus des portes, on remarque deux médaillons à l’effigie de Paul Utzschneider et Alexandre de Geiger. Sur le mur opposé, encadrant la porte d’entrée, deux personnages féminins. Ce sont des allégories personnifiant le feu et la terre, deux éléments dont la fusion dans les fours permet la création des chefs-d’œuvre de l’art céramique.
Enfin, deux motifs floraux annoncent déjà par leur composition l'Art Nouveau. Ils sont signés G. Schuller, un artiste alsacien qui œuvre aussi pour Longwy.

Au centre de la pièce, des vitrines présentent un aperçu de l’importante production de cette manufacture : services de table et assiettes décoratives en faïence fine, objets de fantaisie en majolique et en grès, services à café et à thé en porcelaine.
Dans la salle adjacente, sont exposés d’autres produits : les fresques murales, œuvres de Steinlen ou Simas, les poêles et les cheminées de la fin du XIXème siècle.
Dans une petite salle, on porte l’attention du public sur la grande variété d’objets décoratifs, produits qui figuraient dans les catalogues sous le nom d’objets de fantaisie. Les techniques abondent : majoliques, grès émaillés, émaux cloisonnés ou émaux reliefs, elles sont mises à la disposition d’artistes qui réalisent des œuvres dans des styles orientalisants ou historisants dans le goût de l’éclectisme de la seconde moitié du XIXème siècle.
Les collections comportent également des documents qui sont en rapport avec les faïenceries : albums de photographies des ateliers et groupes d'ouvriers, portraits  des dirigeants (huile sur toile ou gravures) : Jacobi, Utzschneider, Alexandre et Paul de Geiger, catalogues et tarifs anciens, projets aquarellés d'objets, éléments de la bibliothèque de l'établissement, règlement des cités ouvrières, monnaies, jetons de nécessité frappés par la manufacture, gravures ou photographies montrant la participation de la faïencerie aux expositions universelles, plans anciens des usines ou de certains ateliers, correspondance, carnets de production de certains ateliers, bannières en tissu de la faïencerie. Ces documents essentiels de l’histoire de la manufacture ne sont malheureusement pas présentés au public à l’heure actuelle.


Le musée des techniques faïencières

Le Moulin de la Blies à Sarreguemines, ancien moulin à cailloutage, abrite les présentations du nouveau musée des techniques faïencières inauguré le 23 octobre 1998
Au XIXème siècle, la faïencerie de Sarreguemines utilise une série de moulins sur les rives de la Sarre et de la Blies ; on se sert alors de la force du courant pour faire tourner de nombreuses machines. Située à environ deux kilomètres du centre-ville, l'usine dite Moulin de la Blies est un vaste ensemble de bâtiments répartis sur trois hectares où sont fabriquées les pâtes utilisées par la manufacture. Le site fut actif de 1825 jusqu'en 1969 ; la Ville de Sarreguemines s’en porte acquéreur en 1978. Dans un premier temps les locaux sont utilisés comme réserves pour la conservation des collections techniques, puis en 1992, la municipalité décide d'y créer un musée des techniques industrielles de la faïence.
L'établissement est conçu comme un musée de site. Le public est accueilli dans l'ancienne maison du directeur qui abrite la billetterie et la boutique du musée ; un diorama lui permet de découvrir l'étendue du site. En quittant la maison d'accueil, il traverse un jardin pour découvrir la Blies.

En suivant un sentier aménagé, il parvient devant le moulin, grande bâtisse de trois étages et de 40 mètres de longueur, construit en 1841. A l'intérieur de l'édifice, le visiteur est invité à suivre le processus de fabrication de la faïence. Chaque phase de travail est expliquée dans un pupitre par des textes, et une mise en scène de petits objets, de matières ou de photographies. Sur ces bornes, on peut aussi accéder par l'intermédiaire d'un système d'écoute, au témoignage sonore d'ouvriers qui parlent de leur travail et de la vie quotidienne dans l'usine.

Au rez-de-chaussée, près de l'entrée, un service de décor Obernai en cours d’emballage évoque une des plus célèbres productions de vaisselle de la manufacture de Sarreguemines. Dans la niche adjacente, une maquette animée du moulin présente la complexité des systèmes de distribution de l'énergie : arbres de transmission, courroies, pignons, engrenages, poulies…

Au premier étage sont représentées les différentes phases de travail de la préparation des pâtes : calcination du silex, broyage, délayage, malaxage, puis les techniques de façonnage : estampage, calibrage, coulage. En fin de parcours, un imposant four-tunnel avec ses wagons

chargés de produits à cuire a été reconstruit. Au second étage, sont reconstitués les ateliers de décoration et d'émaillage. Dans le fond de la salle, le laboratoire de la manufacture avec ses machines spécifiques rend le visiteur attentif au souci qu’avaient les faïenciers de continuellement rechercher de nouvelles pâtes et de nouveaux émaux.
Les friches industrielles qui se situent à l'arrière du musée ont été traitées en jardin et accueilleront des animations liées à la faïence.